La Fédération SUD PTT alerte tous les élu·es du CSE Central et en premier lieu la gouvernance du malaise social grandissant à La Poste. Les nombreux arrêts de travail signent une épidémie de malêtre, de souffrance, de ras-le-bol, qu’il serait coupable d’occulter. Surtout, l’absence de négociations avec les représentants du personnel et les organisations syndicales aggrave les conséquences des réorganisations permanentes. Fusions, transformations, adaptations, résilience, appétence, efficience et autres mots valises accentuent le sentiment qu’on nous cache la réalité du plan stratégique : faire des gains de productivité, encore, au mépris des postières et postiers et en partie de la population que nous desservons.

Ce tableau peu reluisant conduit à des drames humains. Des collègues tombent dans l’épuisement professionnel, la dépression, et malheureusement, porte atteinte à leur vie même. Ça n’est pas faute de vous avoir alerté maintes fois. Nous y ajoutons un paramètre ; les problèmes de santé physique et mentale qui apparaissent quelques temps après une réorganisation, se révélant comme une douleur enfouie, jusqu’à devenir insupportable. Nous parlons des maladies à caractère professionnel. SUD souhaite qu’elles soient reconnues par La Poste. Et dans le genre reconnaissance, que dire des nombreuses situations où il est proposé à un collègue qui vient de subir un accident du travail de « prendre quelques jours » pour récupérer sans aller voir un médecin, histoire d’éviter, pour l’employeur, de prendre en charge.

Enfin, nous devons rappeler ce qui accompagne ce flot incessant de réorganisation et ce sentiment de chaos, de péril, alors que l’entreprise capitalise depuis deux ans. Les pressions du quotidien pour atteindre des objectifs pensés pour être sans cesse repoussés plus loin, et la répression sur les collègues qui protestent, syndiqués ou non.

SUD martèle ce que nous portons :

1) Il faut cesser ce déni de réalité et cette perversion du sens des mots. Que La Poste stoppe son plan de suppression de postes programmé, qu’elle négocie chaque emploi menacé, chaque horaire décalé, chaque fermeture envisagé, chaque outil qui remplace l’humain. Nous revendiquons des négociations préalables et collectives, des consultations en CSE, des calculs et quantifications des charges basés sur le travail réel, du temps pour le lien social et le maintien des activités d’intérêt général et social.

2) Le pôle de la médecine de prévention et les CSSCT doivent considérer tous les problèmes de santé physique et mentale liées aux organisations, aux méthodes managériales descendant en cascade du plan stratégique, en prenant en compte également les maladies à caractère professionnel.

3) Pour espérer un apaisement des relations sociales entre les agents et leur direction opérationnelle ou fonctionnelle, il faut repenser le modèle social et la place de La Poste dans la société. Cela commence par arrêter toutes les formes de pressions et répressions, qu’elles soient affichées ou déguisées. C’est ce que nous revendiquerons le 20 juin à Paris en manifestation. Et ça exige un grand débat public sur le devenir de La Poste. SUD proposera plusieurs alternatives, pour une banque sociale, une mutuelle universelle, un marché du colis de la « seconde main » éco-géré, une garantie pour les informations médiatiques ou des collectivités locales.

Deux derniers éléments.

Tout d’abord le traitement des Imprimés Publicitaires. Quel cirque, alors que nous sommes en situation de quasi monopole. Ici, ils sont encore plus prioritaires que le courrier. Là, ils sont mis au recyclage faute d’avoir du temps pour les distribuer. Sans oublier les colis d’Amazon, précieux comme un anneau de pouvoir qui consume son porteur. Amazon qui veut jouer au facteur, mais qui refourguera à cette bonne vieille Poste tout ce qui n’est pas rentable. SUD postule qu’il est possible de ne pas avoir à prioriser. Non. Il suffit juste de tout passer. Et dans les horaires de travail en plus. Comment ? En créant des tournées supplémentaires, par centaines, plusieurs milliers s’il le faut. Là, tout de suite. Faire autre chose, c’est du bavardage. Ne pas le faire, c’est assumer les suppressions d’emploi et la détérioration des conditions de travail.

Ensuite, comment ne pas encore pointer qu’encore une fois, les outils technologique viennent surveiller ou remplacer le travail humain. Après l’industrialisation du courrier – vous savez, le produit plus du tout prioritaire, distribuable 3 ou 4 jours après son expédition - qui n’aura servi finalement qu’à supprimer des centres de tris, des tournées et à intensifier le travail, voilà l’artificialisation de l’intelligence. Déjà que celle des sols entame le vivant et la santé, mais celle des cerveaux ne rime pas avec intelligence.

Car l’intelligence naturelle convoque l’évidence : plus la machine fait notre travail, moins nous avons besoin de travailler. Donc, pour travailler toutes et tous, il faut travailler moins. Moins longtemps dans la semaine, dans l’année, dans la vie. Tout en faisant progresser les salaires en plus, pas de soucis, puisque la machine rapporte sans souffrir, ni tomber en arrêt, ni prendre des congés, on peut même l’engueuler, elle est « ré-si-liente » la bourrique.

C’est limpide et nous sommes mêmes certains qu’une IA même pas générative le comprendrait.

Parce que si la mécanisation et la robotisation profitent uniquement à la rentabilité financière et à celles et ceux qui en touchent le fruit par dizaines de milliers d’euros, dans ce cas, là encore, il va falloir renverser l’ordre établi.